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09novembre1989lejourdapres-net.over-blog.com

09novembre1989lejourdapres-net.over-blog.com

La chute du Mur de Berlin, a été un événement politique considérable, elle est aussi un bouleversement économique comme il ne s'en produit qu'un ou deux par siècles, comparable, dans son ampleur et ses conséquences, à une guerre mondiale. Du jour au lendemain ou presque, le "contre-capitalisme" est démantelé, laissant le champ libre à une économie de marché planétaire. Dès l'effondrement du rempart de béton de la RDA, c'est la ruée de l'Ouest : les entreprises multinationales occidentales se précipitent sur les nouveaux territoires conquis , pour y vendre leur produits, les fabriquer ou acheter des matières premières. Le marché et la "démocratie" annexent l'Est d'un même pas . Le rapport de force entre le capital et le travail s'inverse. Avant novembre 1989, les travailleurs profitaient indirectement de la crainte du communisme - pour limiter les risques de révolution, les entreprises et les Etats consentaient des augmentations de salaires régulières et des droits sociaux étendus. Tout d'un coup, cette crainte disparaît. Pire, les non qualifiés occidentaux sont mis en concurrence avec les non qualifiés slovaques ou chinois, cinquante fois moins bien payés. Et c'est au contraire le détenteur de capital qui profite d'un monde ouvert, dans lequel il peut faire circuler son argent comme bon lui semble pour profiter des opportunités de rendement ou de taxation favorables. La chute du Mur a signé la victoire du rentier.


Start-Up.Nous n’offrons pas un job ni un salaire, mais un pied dans l’entreprise.

Publié le 2 Juillet 2017, 16:28pm

Parce que je ne vois jamais de contre-discours sur ce nouveau rêve californien mondialisé, sur son idéologie totalitaire et sa novlangue propagandiste.

Le lavage de cerveau et l'exploitation de la génération Y dans les start-ups.

( La génération Y regroupe, en Occident, l'ensemble des personnes nées entre 1980 et l'an 20001. Perçue comme ayant des caractéristiques sociologiques et comportementales propres, elle est une cible particulière dans le domaine du marketing)

https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9ration_Y

 

Le jour où Mathilde Ramadier, jeune Française expatriée à Berlin, reçoit dans sa boîte mail le « Welcome Kit » de la startup qui vient de l’embaucher, elle ouvre de grands yeux ronds.

« Chère Mathilde, bienvenue chez The Base ! Tu trouveras ci-joint le Welcome Kit qui t’expliquera tout pour tes nouvelles aventures chez nous. Enjoy ;) ! À demain. Joanna. » L’entreprise promet une vie cool, dans un environnement friendly ponctué de smileys. Un employé est en retard ? Il le paiera, le lendemain, en croissants chauds pour toute l’équipe — ou plutôt la « team ». Une « team » dans laquelle on n’est jamais « stagiaire », mais toujours « manager » de quelque chose.

Un rêve éveillé ? Les habits neufs de la précarité, en vérité.

Où le « management du bonheur » cache l’organisation d’une concurrence impitoyable entre des travailleurs jetables et sous-payés. De ses diverses expériences dans la Silicon Allee berlinoise, Mathilde Ramadier a rapporté un récit au vitriol. Elle y mêle anecdotes personnelles et analyse de cette novlangue abêtissante qui fait passer les employés du service clients pour des « réparateurs de bonne humeur ». Ou comment toute une génération, ici comme ailleurs, se casse le nez en fonçant dans le mur de la « nouvelle économie ».

 L'idéologie totalitaire, le langage qui s'assimile à de la propagande,  le lavage de cerveau de ceux qui y travaillent ,des jeunes de la génération Y pour la plupart. Ceux qui vivent une nouvelle forme de précarité qui ne dit pas son nom. Ceux à qui l'on fait croire que Google et Facebook sont les nouveaux messies, la Silicon Valley une Mecque ultra-désirable et les start-ups, les agents d'une nouvelle révolution.

Coolitude, attrape gogo,
la réalité d'une idéologie qui prétend être celle du "monde libre"..
un univers cynique et absurde. Dans le monde merveilleux des startups, les dirigeants abusent d'une « novlangue abrutissante », à coups d'intitulés de postes vides de sens (tout le monde est manager ou chief de quelque chose) et d'euphémismes comme le poste de « réparateur de bonheur » pour désigner le responsable du service client, ou celui d'office manager pour l'hôtesse d'accueil.

le « cool » tant vanté est un miroir aux alouettes. Le CDI ? Une illusion .

Dans les médias, je ne vois jamais de contre-discours.

Avec le "pacte numérique" notamment, le gouvernement veut faire de la France une "start-up nation", on se donne pour but d'égaler les GAFA... Un vœu bien héroïque! On met les start-ups et leurs PDG sur un piédestal alors que 90% de ces entreprises échouent.

nous ne sommes pas à l'abri des CDD à répétition, des contrats précaires, des emplois déguisés sous des stages... La législation n'est que le terreau du phénomène, elle peut lui permettre de germer mais elle se fait vite engloutir: elle a en face d'elle des méthodes mondialisées et maintes fois éprouvées, ainsi qu'un discours de propagande  devenu universel..

Ce “nouveau capitalisme sauvage” la “novlangue” qu’on y manie, “destinée à dissimuler la loi de la jungle dans une brume de ‘cool’”. Une offre d’emploi formulée ainsi: “Nous n’offrons pas un job ni un salaire, mais un pied dans l’entreprise.” Le “Welcome Kit” d’une start-up qui  a été envoyé par mail la veille et qui précisait sans aucun scrupule que le matériel de travail ne serait pas fourni: “Aujourd’hui, même les étudiants ont leur propre laptop. Nous ne sommes pas comme BCG ou Siemens, qui fournissent téléphone portable, laptop, voiture, mutuelle, secrétaire et chauffeur… Nous sommes une start-up, alors s’il te plaît, apporte ton propre laptop.Le candidat idéal d’une start-up est un “robot hypermotivé qui parle en données et dont l’identité se résume à un profil bien lissé sur les réseaux sociaux”. Les méthodes de recrutement, l’infantilisation permanente des employés, le discours messianique ambiant ou encore l’abolition de la frontière vie professionnelle/vie privée.

Parmi les employés, il y avait d'un côté les convaincus, qui rentraient parfaitement dans le moule et se sentaient à leur place, et de l'autre ceux qui le vivaient mal et ont parfois fait de vraies dépressions. Les contestataires et les sceptiques comme moi étaient  minoritaires. Les rémunérations sont très faibles dans les start-ups, sans compter le fait que l'on doit souvent apporter son propre matériel de travail (ordinateur portable et smartphone). On disait qu'on avait une chance inouïe de travailler là, il était donc facile de nous convaincre d'apporter notre matériel. 

Les contrats précaires et limités dans le temps ne m'ont jamais ouvert les droits au chômage. Ce n'était jamais le problème de mes employeurs ni même celui des DRH, pour qui s'inquiéter de ces choses-là trahissait même un "manque d'ambition". Chez The Base*, en 2013, je touchais 960 euros bruts pour un poste de "country manager". Je payais 300 euros de loyer, car, par chance j'avais trouvé une sous-location avec mon compagnon. Je n'aurais jamais pu obtenir un vrai contrat de location. Chez les concurrents de Airbnb, on m'a proposé un poste de SEO manager (responsable du référencement) à temps plein pour 650 euros bruts par mois. J'ai refusé.

Le plus triste, au-delà de la précarité, c'est toute cette énergie gâchée. Quand je vois les "concepts" de nombreuses start-ups. J'ai appris récemment l'existence d'une start-up en France qui propose de livrer des repas en haut des pistes de ski. Oui, c'est vrai, on a tous un creux après quelques descentes en slalom. Mais est-ce vraiment avec de telles inventions que l'on "change le monde"?

Les conséquences sociales de tout ce que j'ai vu dans les open spaces de start-ups recoupent les méfaits de l'uberisation. Nous savons désormais que les petites mains qui livrent des repas à vélo et les chauffeurs Uber ont en réalité des conditions de travail misérables, bien loin de la liberté promise sur le papier. Certains chauffeurs Uber de San Francisco sont obligés de dormir dans leur voiture pour enchaîner les heures et parvenir à un salaire décent, parce qu'ils n'ont pas le temps (et donc l'argent) de rentrer chez eux en banlieue. Au fond, le travail n'a guère progressé depuis la condition des cochers au XIXe siècle.

À l'intérieur des start-ups, je n'ai jamais vu la moindre trace de remise en question de la part des dirigeants, deux collègues ont démissionné en même temps que moi pour les mêmes raisons, nous avons souhaité en faire part à la DRH afin d'aider l'entreprise à évoluer. Notre action, loin d'être belliqueuse, n'a jamais été prise au sérieux et j'ai même appris que le PDG en avait ri. Trois personnes démissionnaires sur un effectif de trente, cela représentait pourtant 10% des employés, une part non négligeable.

un univers féroce, ultracompétitif, cynique et absurde. Dans le monde merveilleux des startups, les dirigeants abusent d'une « novlangue abrutissante », à coups d'intitulés de postes vides de sens (tout le monde est manager ou chief de quelque chose) et d'euphémismes comme le poste de « réparateur de bonheur » pour désigner le responsable du service client, ou celui d'office manager pour l'hôtesse d'accueil.

 idéologie startup », qui consiste à vouloir changer le monde grâce à la technologie, aboutit en réalité à la mise en place d'un « asservissement de l'individu »,rendu acceptable par un management prétendument moderne. Les bonbons et cafés à volonté, les afterworks entre collègues, les citations d'entrepreneurs célèbres punaisées sur les murs, le mythe de l'absence de hiérarchie (alors que tout est « fliqué »),créent selon elle un environnement infantilisant et très compétitif, où la vie privée est sacrifiée sur l'autel de la course à l'innovation, et où les employés les plus méritants, repérés par des logiciels de mesure de la performance, reçoivent des récompenses tandis que les autres sont réprimandés, culpabilisés, voire renvoyés sans ménagement.

“L’une des définitions de la start-up pourrait être la suivante,Il s’agit d’une jeune entreprise dotée d’un fort potentiel, mais qui n’exerce pas encore d’activité rentable.” Rappelons au passage que 90% des start-ups échouent.

Dans chaque nouvelle start-up,  de nouveaux mots.

 Une langue est très révélatrice d’une façon de communiquer, c’est d’ailleurs, comme le dit George Orwell dans 1984, le point de départ d’un régime totalitaire. J’avais l’impression d’être face à des messies, qui prônent sans en avoir l’air une idéologie ultracapitaliste diffusée par un nouveau langage. Et ce dernier est séduisant car il tend à faire croire que tout le monde peut participer, que l’on peut être le héros de demain alors qu’en fait, on est comme Charlie Chaplin à l’usine.

Beaucoup des logiciels de management consistent à noter le travail des employés et à rendre leurs interactions transparentes. L’open space est glorifié alors qu’on sait maintenant que ce n’est pas forcément le meilleur modèle. Il y a aussi presque à chaque fois un espace de jeu sur le lieu de travail, la table de ping pong est un grand classique, et au minimum des distributeurs de bonbons un peu partout et un frigo rempli de trucs healthy. Les start-ups ont souvent la volonté de se montrer comme la mère nourricière. C’est une façon d’abolir la frontière vie pro/vie privée. Les collègues sont supposés devenir nos amis, on vit en vase clos et c’est comme ça que les heures supplémentaires passent comme une lettre à la poste.

Les start-ups se targuent  toutes d’innover mais celles qui le font vraiment sont loin d’être majoritaires. L’autre jour, j’ai encore vu dans le métro une pub pour une société de livraison de repas à domicile, il y en a combien aujourd’hui? Et puis l’innovation est-elle toujours bonne à prendre? Uber, par exemple, a “disrupté” quelque chose mais est-ce qu’ils ont fait du bien à la société? Je ne vois pas en quoi les chauffeurs Uber sont différents des cochers du XIXème siècle. On leur fait croire qu’ils vont gagner en liberté mais ils deviennent prisonniers de ce système. 

On exige du candidat qu’il soit flexible, qu’il s’adapte complètement à l’entreprise en termes d’horaires de travail, de rémunération, de conditions de travail et même parfois de poste. Souvent, en entretien, on m’a dit “on t’embauche pour ça mais tu seras amenée à faire autre chose” et en général, ce “autre chose” est tout sauf gratifiant. Et qui dit flexibilité, dit précarité, stress et instabilité. 

Ils se targuent de nous faire entrer dans un monde nouveau mais ils utilisent les vieilles recettes de l’ancien monde. Ils utilisent de nouveaux logiciels pour mettre les salariés en compétition entre eux donc ça leur paraît innovant ou alors ils filent un bon Amazon de 20 euros à celui qui obtient les meilleurs résultats. Ils assurent qu’il y a une hiérarchie horizontale alors qu’en fait, c’est la bonne vieille hiérarchie pyramidale qui est en place. 

Le passage le plus cruel et le plus convaincant est, selon moi, la description d’un de ces jeunes « CEO » autoproclamés qu’on croise forcément dans les allées du pouvoir connecté. Un homme qui poste à longueur de journée des photos de son caniche sur Instagram et s’affiche sur les réseaux « en compagnie d’un CEO d’une autre startup célèbre avec qui il partage une bière quelque part sur un rooftop de Brooklyn, Londres ou Berlin – difficile à dire, tant ces espaces aux murs de brique et tabourets de facture scandinave se ressemblent ». « Ces dirigeants, c’est entendu, sont normaux, accessibles, sans chichis ; ils se sont faits tout seuls. Mais ils parviennent tout de même à nous faire savoir, outre qu’ils sont révolutionnaires, que ce sont de véritables génies de l’avant-garde ». 

Extrait de :

http://www.premierparallele.fr/livre/start-ups

Bienvenue dans le nouveau monde Comment j'ai survécu à la coolitude des start-ups

Mathilde Ramadier
 
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